Saint Pair et les moines de Scissy (VIème siècle) — Diocèse de Coutances

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Saint Pair et les moines de Scissy (VIème siècle)

Saint Pair, aussi appelé saint Paterne ou Pern, est fêté, avec saint Scubilion et saint Senier, le 16 avril dans le diocèse de Coutances et Avranches.

Les moines de Scissy

Saint Pair serait né à Poitier après 480. Ayant perdu son père très jeune, il devint moine à Saint-Jouin-de-Marne où il se noua d’amitié avec saint Scubillion, clerc un peu plus âgé que lui. Tous les deux attirés par la vie d’érémitique, ils quittèrent le monastère en vue de s’installer dans une des îles de la Manche. Arrivés aux confins des diocèses de Coutances et Avranches, dans un lieu nommé Scissy, un homme les arrêta et les supplia de rester pour évangéliser le pays. Saint Pair et saint Scubillion prirent alors la décision de s’installer dans une grotte, cette dernière devenant l’embryon d’un célèbre monastère et attirant différentes personnalités comme saint Senier.

Ainsi, le récit de la vie de saint Pair écrit par Venance Fortunat (écrivain du Vème siècle) relate la vie des moines de Scissy en insistant sur leur grande charité malgré un quotidien des plus frugales et sur la réalisation de nombreux miracles.

« Des cellules en bois ou en torchis suffisaient à ces hommes de Dieu qui ne désiraient laisser qu’une chose : le souvenir de leurs vertus […] Dans les cités telles que Coutances, Bayeux, Le Mans, Avranches, Rennes, plusieurs monastères furent fondés au Seigneur par Saint Paterne, dont la foi brilla par les œuvres et la vie par des miracles. » [Venance Fortunat]

Ordonné prêtre par Léontien, évêque de Coutances, saint Pair est couramment perçu comme l’apôtre du Cotentin, de l’Avranchin, du Maine, du Bessin et du pays de Rennes où il a établi de nombreuses communautés. Nommé évêque d’Avranches à l’âge de soixante dix ans, il connut un ministère fécond :

« Devenu pontife, il se livra tellement à l’édification de nouvelles églises, à la restauration des anciennes, à la conservation des maisons religieuses, à l’instruction de son peuple et à l’administration des pauvres, qu'il était admirable en chaque chose et habile en toutes. » [Venance Fortunat]

Après treize ans, alors que la maladie vint le toucher brutalement, il désira retourner une dernière fois à Scissy et revoir ainsi saint Scubilion, alors abbé de Mandane, abbaye que l’auteur Emile-Auber Pigeon situe sur le Mont-Tombe, à l’emplacement de l’actuel Mont Saint Michel. Mais les deux compagnons moururent tous les deux le 16 avril 562, avant qu’ils ne puissent se retrouver.

Saint Lô, évêque de Coutances et Lascivius, évêque de Bayeux, se chargèrent respectivement des deux corps pour que les deux saints puissent reposer ensemble à Scissy. La légende raconte que les deux convois funéraires se rencontrèrent sur la route et que les deux amis furent inhumés dans des sarcophages en pierre de Sainteny à Scissy, aujourd’hui appelé Saint-Pair-sur-mer.

Le moine saint Senier, aussi appelé saint Sénateur, succéda à saint Pair en tant qu’évêque d’Avranches. Originaire du Pays de Coutances, « la science, la sainteté, la vie mortifiée [de saint Senier], selon l’auteur Robert Cenalis, le firent choisir plus tard pour succéder à saint Pair. Il s’efforça alors d’imiter son prédécesseur et comme lui instruisit son peuple et le consola dans ses souffrances [en réalisant de nombreux miracles] ».

Cinq saints qui ont profondément marqué l’identité locale

 

En 1875, alors que l’abbé Baudry entreprenait des travaux d’agrandissement de l’église de Saint-Pair, il découvrit sous le chœur les fondations de l’oratoire du monastère fondé par saint Pair et saint Scubilion au VIè siècle. Le prêtre archéologue mit alors à jour quatre sarcophages, dont deux taillés dans de la pierre de Sainteny, qu’il attribua respectivement à saint Pair, saint Scubilion, saint Senier et saint Aroaste, probablement l’un des premiers curés de la paroisse. Les quatre sarcophages rejoignirent alors celui de saint Gaud, exhumé en 1131 sur le même site. 

L’église de Saint Pair devint ainsi un lieu de pèlerinage important. Bien que la grande majorité des reliques des saints aient été dispersées selon les aléas historiques, les cinq saints cités précédemment marquèrent profondément l’identité locale, comme l’attestent encore aujourd’hui les armoiries de la ville de Saint-Pair-Sur-mer. De fait, ces dernières représentent cinq cercles dorés, correspondant respectivement à saint Gaud, saint Pair, saint Scubilion, saint Senier et saint Aroaste, surplombant la mer.

 « Ce qui rendait [l’église de Saint-Pair-sur-mer] intéressante entre toutes, c’était le parfum de piété qu’elle respirait : c’était le souvenir des saints qui, là, avaient longtemps prié : c’était surtout la présence de ces thaumaturges qui, dormant dans leurs sarcophages en calcaire et sous un rustique dallage, rendaient la vue, l’ouïe, la force et la santé aux malades ; des grâces et des consolations aux nombreux pèlerins ». [Emile-Auber Pigeon, 1891]

Pour aller plus loin :

Saint Paterne d'Avranches sur Nominis (site de la CEF)

BAILLET Adrien, Topograhie des Saints, Louis Roulland, Paris, 1703, consultable sur Googlebooks 

ALIX Frédéric, Cinquante saints normands : étude historique et archéologique, Caen, 1933.

PIGEON Émile-Auber, Vies des saints du diocèse de Coutances et Avranches : avec des notions préliminaires et l'histoire des reliques de chaque saint..., A. Perrin, Avranches, 1891, consultable sur Gallica.