Ordination diaconale de Brice Mangue — Diocèse de Coutances

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Ordination diaconale de Brice Mangue

Retrouver l'homélie de Mgr Cador et l'album photos de l'ordination diaconale de Brice Mangue qui à été célébrée le samedi 19 septembre 2026 en l'église Notre-Dame de Saint-Lô.

Album photos de l'ordination

Homélie de Mgr Grégoire Cador

Frères et sœurs,

« Cherchez le Seigneur tant qu'il se laisse trouver ; invoquez-le tant qu'il est proche », déclarait Isaïe dans la première lecture. C’est comme s’il fallait ne pas perdre de temps parce que Dieu risque de s'éloigner d'un moment à l'autre.

Ce n’est pas tout à fait ce que dit le Prophète. Ne nous trompons pas d'interprétation. Si quelqu'un risque de s'éloigner ce n'est pas Dieu, mais nous. Jésus, par toute sa vie, nous fait comprendre, que le Dieu d'Abraham d'Isaac et de Jacob est le Dieu proche, à l'écoute de son peuple un Dieu qui s’approche et qui, marchant avec nous sur la route, nous invite à temps et à contretemps, à revenir à Lui et à être attentifs à sa Parole.

Les chrétiens que nous sommes sont témoins de ce Dieu tellement proche qu'il s'est fait l'un de nous : Emmanuel !

Toutefois, si Dieu s’approche, jusqu’à partager notre condition humaine, ce n'est pas pour prendre nos mauvaises habitudes, mais, bien au contraire pour nous permettre de comprendre que nous pouvons et que nous sommes même invités à adopter les siennes. « Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu » répètent à l’envie les Pères de l’Église. C’est à nous d’apprendre de Lui et non l’inverse !

Regardons par exemple la difficile question du pardon qui nous poursuit depuis plusieurs semaines dans la liturgie dominicale...

Eh bien, aujourd'hui Isaïe nous rappelle que Dieu est riche en pardon car, dit Dieu, « mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins. »

Ses pensées ne sont pas nos pensées et nos chemins ne sont pas ses chemins, mais ils sont appelés à le devenir si toutefois nous ouvrons nos cœurs à sa Parole.

Dieu a l'ambition de faire de nous ses fils et il a semé ce désir en nos cœurs. C’est pourquoi il s'approche et se laisse trouver : « Le Seigneur est juste en toutes ses voies, fidèle en tout ce qu’il fait. Il est proche de tous ceux qui l’invoquent, de tous ceux qui l’invoquent en vérité », déclarait le psalmiste tout à l’heure.

Mais Dieu est-il vraiment juste ? On pourrait presque en douter en entendant l’évangile d'aujourd'hui ?

Quel est-il ce Dieu qui donne à celui qui n'a travaillé qu'une heure, le même salaire qu'à celui qui a travaillé toute la journée, endurant le poids du jour et de la chaleur ? N’y a-t-il pas là de quoi faire frémir le syndicaliste épris de juste rétribution qui sommeille en chacun d’entre nous ?

Cet évangile n’est pas un traité d'économie, mais plutôt la base d'une possible révision de vie... En effet Dieu n'a pas la même manière de compter que nous. En lui, il n'y a que don gratuit et, de salaire il n’y a que celui du péché comme le dit Saint Paul dans sa lettre aux Romains : « Le salaire du péché, dit-il, c’est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle. » (Rm 6, 23). Et, précise-t-il un peu plus loin, entre nous il ne doit y avoir de dette que celle de l'amour mutuel (Rm 13, 8).

Voilà la clé de compréhension de l'Évangile que nous venons d’entendre et la feuille de route d’une vie réussie.

Le maître promet ce qui est juste. Or, ce qui est juste aux yeux de Dieu c'est que l'homme ait la vie et qu'il l'ait en abondance. Le travail de l’homme c’est d’ouvrir son cœur à la gratuité de l’amour.

Dieu veut nous donner la vie en plénitude et il veut la donner à tous. Qu'y-a-t-il d'anormal là-dedans ?

La récrimination des ouvriers de la première heure vient du fait qu'ils n'ont pas compris cette magnificence de Dieu. Ils voient le ciel et même le Royaume qui en est l’avant-goût ici-bas, comme une récompense de leurs efforts et non comme une pure libéralité de Dieu qui ne demande qu'une chose : nous voir ouvrir nos cœurs et nos vies à sa libéralité, en acceptant de travailler à sa vigne.

Il n'y a pas de plus et de moins dans le Royaume de Dieu il n'y a que de la plénitude à partager.

Au lieu de transformer leur disponibilité à servir en occasion de recevoir la vie en plénitude, les ouvriers qui récriminent voudraient transformer la pure générosité de Dieu en un simple salaire que l’on peut revendiquer et négocier. Alors ils repartent avec leur pauvre denier : « Prends ce qui te revient et va-t’en... » Terrible sentence !

C'est ce qui arrive à celui qui est plus préoccupé de lui-même et de ce qu’il croit être ses intérêts, plutôt que des autres. 

Alors merci à toi Brice qui, devant la communauté chrétienne réunie, vient de faire le don de toi-même au Christ Seigneur, à cause du Royaume des Cieux et en te mettant sans réserve au service de Dieu et de ton prochain.

Venu des terres lointaines de la forêt tropicale, tu arrives d'un pays de récente évangélisation. Tu pourrais donc être considéré comme un ouvrier de la dernière heure.

Ayons, frères et sœurs, une pensée reconnaissante pour la famille de Brice et ses parents qui ne peuvent être des nôtres aujourd'hui pour des raisons qui sont faciles à comprendre. Merci à ta maman et particulièrement à ta grand-mère qui t’a éduqué dans la foi. Le diocèse de Coutances devient en quelque sorte ta famille d’adoption et je vois comme un "clin Dieu" le fait que ton ordination soit célébrée le jour où la paroisse fête Saint Laud, patron de notre diocèse !

Après 6 années d’études à Cracovie et sous la protection de la "Czarna Madonna," Vierge noire de Częstochowa en Pologne et un complément de séminaire en France, tu viens d'engager toute ta vie sur le Christ au pied de "Notre Dame du Pilier" dont la tradition retient qu’elle serait apparue à l’apôtre Jacques au premier siècle. Puisses-tu enraciner ton oui dans celui de Marie qui nous a ouvert les portes du salut.

Pour toi comme pour Saint Paul « vivre c'est le Christ ». Tu es prêt à poursuivre ta route au milieu de nous quelles que soient les embûches pour, comme le dit le rituel : « aider l'évêque et ses prêtres à faire progresser le peuple chrétien et à garder le mystère de la foi dans une conscience pure. »

Tu reçois en ce jour, ni plus ni moins que chacun de ceux qui se rendent totalement disponibles à la volonté de Dieu. Le salaire de ta disponibilité, c'est le don que Dieu te fait de lui-même pour que tu puisses accueillir sa vie dans la tienne en réalisant la vocation particulière qui est la tienne. Puisses-tu avec Saint-Paul t'écrier : « Soit que je vive, soit que je meurs, le Christ sera glorifié dans mon corps ! »

La présence nombreuse ce soir de diacres permanents réunis depuis ce matin pour leur journée de formation est l’occasion de rappeler que tout ministère dans l’Église trouve sa fondation et sa raison d’être dans le service. N’oublie jamais Brice que quelles que soient les missions que l’on pourra te confier dans l’avenir, tu dois les garder enracinées dans le service à l’école du Christ qui lave les pieds de ses disciples pour leur permettre « d’avoir part avec Lui. » (Jn 13,8)

Pour terminer, frères et sœurs, je voudrais m’arrêter sur un point important. Ce soir c'est un Africain pur jus que je vais ordonner diacre. Demain ce sont encore deux Africains l'un venant du Togo et l'autre du Nord-Cameroun, que je vais installer comme curé et vicaire de la paroisse Saint-Carlo-Acutis-en-Val-de-Sienne.

Après avoir été pendant de longues années pourvoyeuse de missionnaires dans le monde entier, notre vieille France menacée de déchristianisation, se réjouit d'accueillir des missionnaires originaires des pays qu'elle a contribué à évangéliser. Mais savez-vous qu’ils représentent actuellement en France plus de 30 % du clergé actif ?

Ce ne sont pas de simples bouches trous ou des rustines ! Il font partie à part entière de nos presbyterium et, comme le dit le document final du récent synode sur la synodalité : « Il est nécessaire de se concentrer sur les conditions à assurer pour que les prêtres qui viennent en aide aux Églises pauvres en clergé ne soient pas seulement un remède fonctionnel, mais une ressource pour la croissance de l'Église qui les envoie et de l'Église qui les reçoit. »[1] Il nous faut réellement ouvrir nos cœurs pour les accueillir comme de vrais missionnaires, chargés eux aussi d'une expérience pastorale qu'il ne s'agit pas de calquer bêtement mais dont il faut savoir s'inspirer dans un dialogue constructif.

Nous les appelons souvent "prêtres venus d'ailleurs". Mais ils ne viennent pas "d'ailleurs", mais d’un "quelque-part que nous ne connaissons pas", qui est leur chez eux et dans lequel ils ont grandi et se sont épanouis jusqu’à entendre l’appel à venir partager ce qu’ils sont avec nous, dans le service de l’annonce de l’Évangile .

C’est parce qu’inconsciemment, un peu comme les ouvriers de la première heure de l’évangile du jour, nous nous mettons au centre de la problématique que nous les voyons comme des étrangers au lieu de les recevoir de Dieu comme des frères, nés d’en haut comme nous (cf. Jn 3) et donc enracinés en Dieu comme nous le sommes. Ils viennent de Doumé Abong'Mbang, de Kara, de Yagoua… Ils viennent de chez eux, l’évangile à la main, comme nous sommes venus de chez nous à leur rencontre. Apprenons à nous asseoir ensemble pour édifier ensemble l’Église d'aujourd'hui.

Frères et Sœurs, invoquons le Seigneur tant qu'il est proche et se laisse trouver... Sans calcul et joyeusement travaillons ensemble à la Vigne du Seigneur !


[1] Document final de la 16ème assemblée générale ordinaire du synode des évêques : pour une Eglise synodale, 24 novembre 2024, 121.

Pour aller plus loin :

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Album photos de l'ordination