Homélie Messe de clôture de La Visite Pastorale de Mgr Cador
HOMELIE DU DIMANCHE 12 AVRIL 2026 à Mortain
(2ème dimanche de Pâques A, Fin visite pastorale
Textes : Ac 2, 42-47
Psaume 117 (118), 2-4, 13-15b, 22-24
1 P 1, 3-9
Jean 20, 19-31
Frères et Sœurs, chers amis,
Nous voici arrivés à la fin de notre visite pastorale et je voulais vous remercier pour la belle mobilisation qu’elle a représentée pour me permettre d’aller avec vous à la rencontre de la réalité humaine au cœur de laquelle Dieu vous a donné de vivre au quotidien. Nous avons découvert ou redécouvert ensemble et avec bonheur cette réalité sous bien des aspects humains, sociaux, économiques, culturels, associatifs et même politique.
C’est ce milieu auquel nous appartenons que Dieu nous confie pour y exercer notre mission de chrétiens. Cette mission qui consiste à annoncer l’évangile ou plutôt, comme j’aime le dire à faire en sorte que l’Evangile qui nous fait vivre et qui donne son sens à notre vie chrétienne, soit rendu audible à nos contemporains.
Comme je vous le disais le 24 janvier dernier en venant installer votre nouvelle paroisse Saint Michel en Mortainais : « Dieu ne nous a pas posés à côté de la société, comme une espèce de communauté concurrente dans laquelle il conviendrait de faire entrer nos contemporains... Il nous a placés au cœur de la société telle qu’elle est, enfouis en elle comme le levain dans la pâte (Mt 13,33 mais aussi 1 Cor 5,7), sel de la Terre et lumière du monde (Mt 5, 13-14). »
Il est donc indispensable de con/naître le milieu dans lequel nous vivons et ce qui fait « la chair », « l’épaisseur » de la vie de nos concitoyens. Cette vie que nous partageons avec eux, au quotidien.
Merci à vous pour ces belles rencontres et ces beaux moments de partage que nous avons vécus avec un certain nombre d’entre vous et qu’il faudra reprendre dans les différentes instances paroissiales pour ajuster toujours mieux votre manière de vivre votre vocation de "disciples-missionnaires."
Nous avons vécu cette visite tout au long de la semaine "in albis" qui est la prolongation pendant une semaine de ce que nous avons célébré le jour de Pâques : la mort et la résurrection du Christ qui est le cœur de notre foi, la source de notre Espérance et le moteur de notre charité et de notre engagement au quotidien.
L’apôtre Pierre nous disait tout à l’heure dans la deuxième lecture : « Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ : dans sa grande miséricorde, nous a fait renaître pour une vivante espérance grâce à la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts. » C'est bien Pierre qui parle, lui qui a trahit le Seigneur et à qui le Seigneur a fait miséricorde lui confiant à nouveau d’être le berger de son troupeau et le pasteur de son Eglise naissante !
C’est une belle coïncidence que de vivre cette conclusion de visite pastorale dans le cadre de ce dimanche de la miséricorde instauré par le Pape François en l’an 2000 et correspondant au 2ème dimanche de Pâques qui clôture comme je viens de le dire la semaine pascale. Elle nous a donné l’occasion de contempler aussi la figure de Saint Thomas dont les hésitations nous ressemblent tant !
La miséricorde au sens premier et étymologique du terme, c’est le fait d’avoir un cœur qui se laisse toucher par la misère de l'autre. Elle est un des attributs de Dieu… Rappelez-vous entre autres, le fameux : « J'ai vu la misère de mon peuple » du livre de l’Exode… « J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants. Oui, je connais ses souffrances […/…] Maintenant donc, va ! Je t’envoie chez Pharaon : tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël. » (Exode 3, 7.10)
Jésus à son tour envoie ses disciples, il nous envoie. Nous l’avons entendu tout à l’heure : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie." Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : "Recevez l’Esprit Saint." »
Baptisés dans la mort et la résurrection de Jésus et "munis", "équipés", "revêtus" de son Esprit, nous sommes envoyés. Nous retrouvons là les exigences de notre baptême et de notre confirmation ! Devenus membres du Corps du Christ au jour de notre baptême, nous sommes coresponsables, avec et en Lui, de l’annonce de l’Evangile de la Paix à notre monde qui en a tant besoin…
Nous avons la chance d’avoir accueilli récemment la communauté des Sœurs de la Providence de Créhen venues du Congo, à 8 000 kms d’ici pour annoncer avec nous la joie de l’Evangile.
Je suis allé chercher un peu aux sources de leur congrégation ce qui les anime et les motive.
J’ai découvert qu’en 1821, le P. Guy Homery, curé de Créhen, interpellé et tourmenté par la grande pauvreté du milieu dans lequel il vivait, au cours de sa méditation a entendu une voix lui dire : « Commence, mon enfant, la Providence viendra à ton secours ».
Alors, malgré la conscience de ses limites il se lance : Il loue un ancien cabaret et le transforme en Maison de Providence. Il réunit 5 femmes de bonne volonté : Marie, Joséphine, Toussainte, Félicité et Olive. Il choisit les 10 orphelines les plus pauvres de sa paroisse pour leur apprendre la lecture, l’écriture, le catéchisme et un métier manuel afin qu’elles puissent gagner honnêtement leur vie. C’est ainsi qu’a commencé, tout simplement, tout humblement, l’aventure de la Congrégation de la Providence de Créhen.
Dans un discours resté mémorable, il déclare : « Celui qui a nourri un peuple presque innombrable au désert peut encore aujourd’hui opérer de semblables prodiges. …/… [Pour cela] Il me faut des coopérateurs. Ce sera vous, mes chères sœurs. C’est vous que le Seigneur a choisies pour être mes coopératrices. Recevez ces enfants que je vous présente comme un précieux trésor que le Seigneur vous confie.»
Ce que le Père Homery dit aux sœurs, c’est ce que Dieu dit à chacun d’entre nous : « Etes-vous disposés à coopérer à l’œuvre de Dieu ? »
Il s’agit bien de co/opérer, c’est-à-dire d’opérer ensemble, de porter ensemble le souci pastoral des pauvres et des nécessiteux.
Pour cela, rappelons-nous la première lecture que nous venons d’entendre, tirée des Actes des Apôtres : « Les frères (et sœurs !) étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. La crainte de Dieu était dans tous les cœurs. »
Comme à Jérusalem il y a deux mille ans, comme à Créhen il y a deux cent ans, comme à travers toute l'histoire de l'Église à travers le monde entier, Dieu nous invite, aujourd’hui dans le Mortainais, à nous laisser interpeller et rejoindre par les multiples pauvretés qui nous entourent et humblement, avec les petits moyens qui sont les nôtres, à poser les bases et les jalons d’un monde fraternel. Un monde qui soit vraiment signe du Royaume et du souci qu’à Dieu de rassembler dans l’unité et dans la paix ses enfants dispersés.
L’expérience du Père Homery et des Sœurs de Créhen nous rappelle que c’est en commençant par les plus pauvres et en les mettant au cœur de nos préoccupations que notre Eglise devient crédible, source d’Espérance, ferment de paix et d’unité au cœur du Monde.
Je voudrais reprendre simplement ici les mots de la belle prière que vous avez composée pour la création de votre paroisse et que nous redirons ensemble tout à l’heure : « Père, envoie ton Esprit Saint sur notre paroisse Saint Michel-en-Mortainais : qu'il inspire notre fraternité et nous rendent disposés à t'aimer, te servir et devenir ensemble une communauté vivante, active et porteuse de l'Évangile. Père, que ton Esprit-Saint affermisse en nos communautés locales le désir de nous rapprocher des pauvres, des familles, des jeunes et des personnes isolées, en inventant avec eux de vrais chemins de foi, d'espérance et de charité. »
Vous êtes dans le vrai si vous mettez en œuvre les mots de cette prière associés à ceux du Notre Père.
En prolongeant les attitudes et les gestes de Jésus « avec un cœur humble et passionné pour les pauvres, vous vivrez dans une confiance pleine et tranquille en la Providence » (cf. prière de la Congrégation de la Divine Providence) et vous deviendrez chemins d’Espérance pour celles et ceux au milieu desquels il vous est donné de vivre.
Alors, n’ayez pas peur et si vous avez parfois un peu l’impression d’être une Eglise en ruines ou en perte de vitesse rappelez-vous cette parole du psalmiste que nous avons chantée tout à l’heure : « On m’a poussé, bousculé pour m’abattre ; mais le Seigneur m’a défendu.../... La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ; c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux. »
N’ayez pas peur de trouver l’inspiration dans la communauté primitive : « Tous les croyants vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun ; ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun. Chaque jour, d’un même cœur, ils fréquentaient assidûment l’Eglise, ils rompaient le pain de l’eucharistie, ils prenaient leurs repas avec allégresse et simplicité de cœur ; ils louaient Dieu et avaient la faveur du peuple tout entier. »
Bonne et sainte mission à tous !