N’oublions pas les pauvres ! [1] — Diocèse de Coutances

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N’oublions pas les pauvres ! [1]

Appel du Conseil diocésain de la diaconie à tous les fidèles laïcs, aux Équipes d’Animation Pastorale, à tous les diacres et prêtres du diocèse de Coutances.

Appel du Conseil diocésain de la diaconie à tous les fidèles laïcs, aux Équipes d’Animation Pastorale, à tous les diacres et prêtres du diocèse de Coutances.

Frères et Sœurs fidèles du Christ,

Alors que notre diocèse vit la mise en place progressive des nouvelles paroisses, en concertation avec le conseil diocésain de la diaconie, j’ai souhaité vous adresser ce courrier en m’appuyant sur l’enseignement du Pape Léon XIV : Sa récente exhortation apostolique « Dilexi Te » (DT) et son message pour la journée mondiale des pauvres.

Ces textes prophétiques nous interpellent sur la place centrale que les pauvres doivent trouver dans notre manière d’inventer ensemble ce que seront nos nouvelles paroisses.  

« Dilexi te - Je t’ai aimé (Ap 3,9) : c’est ce que le Seigneur a dit à une communauté chrétienne qui n’avait ni importance, ni ressource, contrairement à d’autres » (DT 1) 

La diaconie est la mise en œuvre concrète de l’Évangile dans les multiples engagements sociaux des communautés chrétiennes. Si elle est au service des personnes, notamment les plus pauvres, elle couvre un champ beaucoup plus vaste que le simple volet caritatif. Elle touche et fonde toute vie chrétienne dans sa dimension spirituelle. Elle n’est ni une structure supplémentaire, ni une organisation à faire fonctionner. Elle est le souci premier de toute communauté chrétienne.

Depuis toujours « le souci des pauvres fait partie de la grande Tradition de l’Église comme un phare lumineux qui, à partir de l’Évangile, a éclairé les cœurs et les pas des chrétiens de tous les temps. » (DT 103)  

La journée de rentrée diocésaine vécue ensemble le 27 septembre dernier nous invitait à « continuer à faire route ensemble » ; « l’Église comme une mère, marche avec ceux qui marchent » (DT n° 75), nous rappelle Léon.

Pour être pleinement synodale l’Église est invitée à écouter, partager, travailler avec l’ensemble de ses membres. « Les pauvres ne sont pas des objets de notre pastorale, mais des sujets créatifs qui nous poussent à trouver toujours de nouvelles façons de vivre l’Évangile aujourd’hui. » (Message pour la journée mondiale des pauvres, n°6). « Le chrétien ne peut pas considérer les pauvres seulement comme un problème social : ils sont une question de famille ; ils sont des nôtres. » (DT 10) 

Nous sommes bien conscients que les réalités du terrain sont différentes d’une paroisse à l’autre, d’une communauté de proximité à l’autre. C’est pourquoi nous invitons chaque EAP dans une démarche vraiment synodale à s’organiser pour faire vivre cela dans le contexte qui est le sien.

Les pauvretés et les dépouillements humains et financiers que vivent nos paroisses sont à vivre comme une opportunité, « un temps favorable » pour ouvrir notre cœur et vivre une nouvelle conversion. « L’amour chrétien brise toutes les barrières, rapproche ceux qui sont éloignés…/… Il est avant tout une façon de concevoir la vie, une façon de la vivre. » (DT 120)

Avec les membres de la diaconie diocésaine, nous vous appelons à veiller afin de mettre en œuvre une « Église des béatitudes ». Sainte Teresa de Calcutta écrivait « les pauvres ont besoin de notre amour compréhensif, ils ont besoin de notre respect, ils ont besoin que nous les traitions avec dignité ». L’importance de la prise en compte des pauvres dans la vie des nouvelles paroisses garantira une spiritualité profonde enracinée en Jésus Fils de Dieu, venu en notre chair, pour la multitude. « Les pauvres ne sont pas une catégorie sociologique, mais la chair même du Christ. » (DT 110)   

De nos jours, pauvreté, précarité et fragilité ne sont pas simplement monétaires et économiques. « Aux vieilles pauvretés dont nous avons pris conscience, s’ajoutent de nouvelles parfois plus subtiles et plus dangereuses. » (DT 10) Elles sont isolement, solitude, aussi bien matérielles que psychologiques ou spirituelles.

Dans la paroisse, le pauvre ne doit pas être seulement une personne que l’on aide mais une personne qui nous évangélise, un visage du Christ qui nous interpelle. 

Riches d’une expérience de vie dans l’extrême précarité, de survie dans des conditions les plus défavorables, parfois du rejet ou tout au moins du maintien à l’écart d’une partie de la société, les pauvres ont appris à vivre en faisant confiance en Dieu tout Amour. « Ceux d’entre nous qui n’ont pas connu les expériences similaires d’une vie vécue à la limite ont certainement beaucoup à recevoir de cette source de sagesse qu’est l’expérience des pauvres. » (DT 102)

Oui les pauvres, nous évangélisent ! « De quelle manière ? Dans le silence de leur condition, ils nous confrontent à notre faiblesse. La personne âgée, par exemple de par la fragilité de son corps, nous rappelle notre vulnérabilité, même si nous essayons de la cacher derrière des apparences. Les pauvres nous font réfléchir sur l’inconsistance de cet orgueil agressif avec lequel nous affrontons souvent les difficultés de la vie. » (DT109)

Au fil de la lecture de cette lettre, chacun comprend bien que « pour nous chrétiens, la question des pauvres nous ramène à l’essentiel de notre foi » (DT110), et qu’« il ne s’agit donc pas d’une mission réservée seulement à quelques-uns. » (DT111)  

Vivre la diaconie en plaçant les pauvres au cœur même de la communauté paroissiale, entraine cette communauté à entrer plus avant dans la mission que Dieu lui confie : « Ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Mt 25,40)

Puisque l’Église est missionnée pour faire entendre la Bonne Nouvelle de l’Évangile au cœur du monde, les EAP auront à cœur de collaborer avec les différentes associations présentes sur le territoire paroissial, évitant ainsi un repli « dans les murs » et favoriser une « Eglise en sortie ».  

Alors que nous venons de fêter Noël, mystère de l’Incarnation du Fils unique de Dieu, né dans la pauvreté d’une crèche et mort sur la Croix réservée aux parias de la société, puissions-nous, dans nos paroisses, nous reconnaitre aimés du même amour et membres du même Corps. A l’école du Christ puissions-nous apprendre à voir et reconnaître en tout être humain, en commençant par les plus pauvres, un frère ou une sœur à aimer et dont il faut prendre soin pour qu’il goûte à son tour « l’amour dont Dieu nous a aimés. » (Eph 2,4)

Les structures évoluent et changent. Le message de l’Évangile reste le même !

« La charité est une force qui change la réalité. Une authentique puissance historique de changement. » (DT 91) A l’aube des réorganisations paroissiales sur notre territoire diocésain, puisse le service de la diaconie devenir en chacune de nos paroisses un vrai moteur pastoral. S'intéresser aux pauvres n'est pas "la cerise sur le gâteau" d'une communauté bien organisée, mais doit constituer la colonne vertébrale de toute notre organisation. Merci à tous d’en tenir compte dans les orientations prises en E.A.P.  

Bon chemin à tous,

En la fête de l’Épiphanie 2026

+ Grégoire, Évêque de Coutances et Avranches
en concertation avec le conseil diocésain de la diaconie

Pistes de réflexions possibles :

  • Repérer sur le territoire paroissial les différents visages de pauvreté, fragilité, précarité.  
  • Identifier les associations et leurs acteurs qui agissent sur le territoire de la paroisse.
  • Faire place dans la liturgie dominicale aux personnes concernées par la pauvreté, la précarité, l’isolement
  • S’interroger sur le visage d’Église que notre paroisse, notre communauté donne réellement à voir.
  • Relever le défi de la rencontre avec ceux que nous ne voyons pas dans nos rassemblements dominicaux.
  • Pour intégrer à l’E.A.P. cette dimension de la diaconie et du pauvre, pourquoi ne pas confier une mission de "veilleur" à l'un des membres de l'EAP.

Le conseil diocésain de la diaconie et de la solidarité

Il réunit deux fois par an les représentants des services diocésains et mouvements qui œuvrent dans le domaine de la solidarité et du caritatif, de la santé, du lien avec le rural, les milieux populaires, les personnes incarcérées, migrantes, voyageurs et circassiens.

Autour de l'évêque, chaque mouvement et service conservant son originalité et sa mission spécifique, partage sur les situations de pauvretés vécues et les initiatives locales de solidarité.

 


[1] « N’oublie pas les pauvres ! » C’est l’appel du cardinal Hummes à José-Maria Bergoglio, lors du conclave au moment où il avait atteint le nombre de voix pour être élu comme successeur de Pierre. 

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